Université de Toulouse 2. Jeudi 22 et vendredi 23 octobre 2026.
Laboratoire PLH « Patrimoine Littérature Histoire » (EA4601)
Organisation Lydie Parisse (Toulouse 2) et Aurélie Choné (Strasbourg)
Université de Toulouse 2. Jeudi 22 et vendredi 23 octobre 2026.
Laboratoire PLH « Patrimoine Littérature Histoire » (EA4601)
Organisation Lydie Parisse (Toulouse 2) et Aurélie Choné (Strasbourg)
Le matrimoine mystique comprend, du Moyen Âge à nos jours, des œuvres majeures qui ne sont pas souvent étudiées pour leur valeur intrinsèquement littéraire, et encore moins du point de vue des renouvellements fondamentaux qu’elles ont pu amener dans l’histoire occidentale des arts et de la littérature dès le début du XXe siècle. Cependant, elles ont nourri les processus créateurs d’artistes et d’écrivain-e-s parmi les plus célèbres. Or, cette influence est encore invisibilisée dans les études littéraires.
Selon l’historien de la mystique Michel de Certeau, la mystique est l’un des visages de la modernité, refoulé pendant les périodes de certitude scientifique, mais qui resurgit sur le devant de la scène pour évoquer « un au-delà des systèmes vérifiables ou falsifiables : une étrangeté ‘intérieure’ qui se donne désormais pour représentations les lointains de l’Islam ou du Moyen Âge. » (Certeau 2013) Certeau considère la mystique comme une figure transitoire entre l’univers médiéval et l’époque moderne. Cette dernière se caractérise elle-même par des moments charnières favorables à la résurgence de discours mystiques témoignant de réactions diverses face à la modernité – nostalgie d’une unité perdue (Certeau), « stratégie de compensation, réaction de défense, catalyseur de l’innovation » (Baßler / Châtellier 1998) ; la période autour de 1900 voit par exemple émerger des discours mêlant mystique, psychanalyse et ésotérisme à une époque de fascination pour les mystiques orientales dans l’espace franco-et germanophone.
L’importance du paradigme mystique dans l’élaboration de la modernité artistique et culturelle en contexte laïc a déjà été bien mise en évidence (Parisse, 2012, 2019). Cette journée d'études, dans le prolongement de la manifestation de Strasbourg, se propose d’approfondir la place des femmes dans la constellation qui relie mystique, processus de création et modernité, dans le contexte du développement récent de théologies féministes au sein de l’histoire de la philosophie et du champ religieux (Anderson 1999, Anderson/Clarke 2004). Il sera centré sur les femmes écrivaines et mystiques, en particulier dans l’aire culturelle francophone et germanophone, à partir du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui, et sur la question de la réception et de la matrimonialisation de grandes mystiques, à l'intérieur d' aires culturelles européennes comme l’Italie et l’Espagne.
Comment, en contexte laïc et hors de tout prosélytisme religieux, l’étude du matrimoine mystique, dont l’influence est forte et revendiquée sur les écrivain-e-s et les artistes depuis la fin du XIXe siècle, peut-elle fournir des outils aux chercheur-e-s en vue d’une relecture d’une partie ignorée de l’histoire littéraire et de l’histoire de l’art ? L’étude de l’influence du matrimoine mystique et des nombreux phénomènes d’intertextualité ouvre un champ épistémologique aux chercheuses et aux chercheurs.
Comment ces femmes mystiques, par le renouvellement de l’approche de la langue, nous aident à comprendre le processus créateur : au sens de la création d’une œuvre, mais aussi de la création de soi par soi ? Par exemple, les paradigmes négatifs d’« abandon » et de « décréation » ont été forgés par Jeanne Guyon et Simone Weil.
Comment peut-on renouveler le regard sur les œuvres du matrimoine mystique, hors des préjugés essentialistes (sur « le féminin », « la femme ») ou socio-historiques (l’enfermement dans la psychopathologie clinique et la « mystique» dite « affective »), car si l’adjectif « mystique » a été largement dévalorisé, au contraire de « la mystique » qui s’est imposé comme un domaine de recherche, la question des femmes mystiques – à distinguer des femmes atteintes de délires religieux – est chargée de toutes les représentations sociales qui visent à les ghettoïser, voire à les invisibiliser en tant qu’écrivaines. Or, il est important de dégager chez elles une pensée à l’œuvre : car c’est bien Marguerite Porete qui est à l’origine de la pensée de Maître Eckhart ; quant à Simone Weil, sans cesse citée de nos jours, il n’est plus à démontrer à quel point sa pensée, indissociable de sa vocation mystique, était en avance sur son temps. On soulignera l’importance sur le plan anthropologique, de ces grandes penseuses, l’idée d’humanité étant, selon Henri Bergson, venue des mystiques.
Les échanges prendront place au carrefour de plusieurs domaines : la recherche-création et l’épistémologie du processus créateur ; l’histoire des discours critiques sur la mystique ; l’histoire littéraire et l’histoire des arts visuels et des arts du spectacle ; les études féministes, et en particulier écoféministes.
14h. Accueil des participant-e-s
14h15. Lydie Parisse (MCF HDR, Université de Toulouse 2) et Aurélie Choné (PR, Université de Strasbourg). Introduction.
Representations du matrimoine mystique au cinéma et au théâtre.
Président-e de séance. Flore Garcin-Marrou.
14h30. Lou Andrea Depaule (Docteure, Toulouse 2). De Hadewijch (2009) de Bruno Dumont à Thérèse d’Alain Cavalier (1986) : Céline et Thérèse, deux visages, deux exhibitions de l’aestus amoris.
14h50. Julien Tanguy (doctorant, Sorbonne nouvelle). « « Je responderay » : éthique et esthétique de la profanation dans le théâtre d’Angélica Liddell »
15h10. Lydie Parisse (MCF HDR, Toulouse 2, PLH). « L’importance de Jeanne Guyon dans le théâtre de Valère Novarina »
15h20.Pause.
Simone weil : pensée radicale et processus de decreation.
Présidente de séance. Geneviève Azam.
15h45. Nelli Solonko (MCF, Université de Szczecin, Pologne). « La mort de l’ego d’après Simone Weil (dans Les Cahiers) »
16h05. Létitia Mouze (MCF,Toulouse 2, Erraphis). « Les Cahiers de Simone Weil. L’écriture comme moyen d’action sur soi, sur le monde. »
16h25. Pierre Gillouard (Docteur, Université de Genève). « Simone Weil, source de la pensée écologique »
16h45. Michèle Sellès-Lefranc (docteure, chercheuse associée, EHESS). « Un matrimoine mystique interculturel à l’échelle de la modernité (1900-1940) : Isabelle Eberhadt, Amélie-Marie Goichon, Simone Weil ».
17h05. Pause.
Thérèse d’Avila et ses réceptions littéraires et artistiques.
Président de séance. Ghislain Waterlot.
17h25. Sophie Lespinasse-Milan (Doctorante en recherche-création, Université de Cergy), « Pour une mystique dansante : Thérèse d’Avila comme source d’inspiration, aujourd’hui, en France »
18h05. Discussion et départ pour le centre-ville. Dans le cadre de la manifestation, deux spectacles professionnels en hommage aux écrivaines mystiques sont proposés.
19h 15-20h30.
Spectacle au théâtre Roquelaine
(37 bis Rue Roquelaine. Métro Jean Jaurès ou Jeanne d’Arc)
SX ULTIMA 22
Avec Roxane Borgna, Ludivine Bluche, Nicolas Ehrsam, Yves Gourmelon
Compagnie Via Negativa
(Durée 1H15)
Tarif unique 10 euros
20h30. Fin de la journée.
Jeanne Guyon : l’inquiétude de la liberté.
Présidente de séance. Lydie Parisse
9h. Ghislain Waterlot (Professeur, Université de Genève). « Madame Guyon ou la subversion des pratiques sociales par la mystique ».
9h20. Mariel Mazzocco (Docteure, Université de Genève). « Genre, langage et pouvoir : les « jeux spirituels » de Jeanne Guyon ».
9h40. Florent Libral (MCF, Toulouse 2, Il Laboratorio). « Marie de l’Incarnation relue par son fils Claude Martin. Dans la tourmente (de )de la querelle du quiétisme ».
10h. Pause et discussion.
Matrimoine mystique, féminisme et altérités culturelles
Président-e de séance.
10h20. Claude Le Fustec (Professeure, Université de Rennes 2). « Je me nomme Consolata Sosa » Féminisme et mystique, une lecture spirituelle du Paradis de Toni Morrison »
10h40. Aurelie Choné (Professeure, Université de Strasbourg). « Sur la mystique de l’Inde. De Blanca Schlamm à Atmananda ou le grand renoncement : une mystique au féminin. »
11h. Stéphanie Smadja (Professeure, Toulouse 2, PLH) et Clara Giordano (Doctorante, Toulouse 2, PLH), « Jeanne d’Arc, entendeuse de voix et mystique »
11h20. Discussion.
12h-12h35 :
Spectacle
Hall de la Maison de la Recherche
La Pesanteur et la grâce, d’après Simone Weil, avec Roxane Borgna
Compagnie Les Nageurs de Nuit
(durée 35 mn)
Participation libre et nécessaire
14 h. Fin du colloque.